SUD OUEST La Bastide

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Semaine 30 (2006)

Devoir de mémoire
BENAUGE. Bastidien depuis une vingtaine d’années, il fait partie de ceux dont la vie a basculée le 18 juin 1940.

Adrien Tisné a répondu à l’appel
Bastidien depuis une vingtaine d’années, Adrien Claude Tisné a longtemps été un acteur majeur de la vie associative. Il a en particulier été Président de l'UDAC de la Gironde de 1992 à 2001 et dans ce cadre il s’est beaucoup occupé des anciens combattants d’Afrique de nord. C’est que sa vie a basculé en 1940. Né à Biarritz le 6 juin 1922 de père et de mère béarnaise. Des circonstances de la vie le conduisent à l'orphelinat St Joseph de Tarbes de 1931 à 1935 avec le père Etchepare. Il passe son certificat d'étude le 15 juin 1935, rentre à l'école d'agriculture, puis finit ses étude en juin 1940 a l'école nationale d'industrie laitière. A dix huit ans, Adrien Tisné peut entrer dans la vie active.
Le mardi 18 juin 1940, vers 18 heures, dans les studios de la BBC, à Londres, le général Charles de Gaulle, enregistre un bref message en français à l'adresse de ses compatriotes.
Cet Appel est diffusé sur les ondes le soir, vers 22 heures. Le lendemain, il est rediffusé sur les ondes vers 16 heures.
Adrien Tisné, n'entendra pas l'appel à la radio. Il est à la gare d'Aurillac où il aide les secours civils avec ses camarades qui accueillent les familles par millier, c'est la débâcle. Sur le quai, il entant de la bouche d'un chef Scout qu'un rendez vous est prévu le lendemain au port de St Jean de luz pour quitter la France vers l'Angleterre. Avec quelques camarades de circonstance, ils décident de se rendre à ce rendez-vous empruntant train de voyageurs et de marchandise. Ils arrivent trop tard, les bateaux sont partis. "C'est comme ça que j'ai raté mon départ pour l'Angleterre." explique Adrien Tisné.
Que faire? Il repart sur Tarbes pour chercher du travail. De novembre 1940 à fin 1942, il est contrôleur des fraudes laitières. En 1943, le 1er mars, il retrouve le père Félix Etchepare qui lui demande de venir le voir à l'orphelinat. Là, raconte Adrien Tisné, "il me livre un secret : depuis 1940, il fait partie de la résistance comme chef de groupe renseignements de l'AS (Armée Secrète), puis il me propose de venir les rejoindre. Un honneur pour moi, je rejoins le groupe aussitôt."
Quelques jours plus tard, Adrien fait partie d'une "troïka" (équipe de trois résistants). Leur mission était la surveillance des caches d'armes. Un soir de juillet à l'approche d'une cabane de charbonnier où le sous-sol servait de cache d'arme, des gendarmes français les y attendaient. Lucien un de leurs camarades, blessés aux jambes fut prisonnier. Devant cette situation, le père Félis Etchepare les fait partir par sa filière espagnole le 9 septembre 1943 afin de rejoindre les Forces Françaises Libres. Son évasion hors du territoire se passe mal, il est repris et arrêté en Espagne. Emprisonné cinq semaines à Pampelune, il sera transféré au camp de concentration de Miranda de Ebro jusqu'au 23 décembre 1943. Echangé par Franco contre de la farine, du phosphate et de l'essence, il rejoint avec les autres prisonniers les forces Françaises basées en Afrique du Nord. Le 30 décembre, il débarque à Casablanca au Maroc, puis sera affecté comme démineur au 31ème régiment de génie basé à Port Lyautey (aujourd'hui Kenitra). Le 1er avril 1944, il rejoint une compagnie du 88ème génie dans la région du Mostaganem en Algérie en vu du débarquement en provence. Les 15 et 16 août 1944 il débarque sur la plage de St Tropes, c'est la libération de Toulon, de Marseille, l'avancé vers la vallée du Rhône. Le 2 février, c'est la libération de Colmar avant de franchir le Rhin le 9 avril 1945 à Spire et Gertmersheim pour la victoire finale sur l'Allemagne.
Le 15 avril 1945, il est nommé comme sergent instructeur au CIAM (centre d'instruction de l'armée Marocaine) à Guebwiller dans le haut Rhin. Il y rencontre son épouse, puis reprend ses études, passe les deux BAC, une licence de lettres à la faculté de Strasbourg. Passe par ENNA (Ecole Normale Nationale Apprentissage), devint professeur, Directeur de l'école de reconversion professionnel. Aujourd'hui en inactivité, président honoraire de l'UDAC Gironde, il s'occupe du devoir de mémoire.

Michel LACARRIERE